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Joueurs

  • Supplique aux rugbymen : restez des gentlemen !

    Supplique aux rugbymen : restez comme vous êtes !

    par Mezetulle

    Devant la descente aux Enfers que vrille sous nos yeux l'équipe de France de football pendant cette Coupe du monde 2010, devant cet hymne célébré chaque jour à l'inculture, à la muflerie, à la grossièreté, au relâchement délibéré du langage et de la conduite, résultat d'années de démission en matière d'éducation, d'agenouillement honteux devant la mentalité de caïd qui s'affiche insolemment, je me tourne vers vous, joueurs de rugby.

    Oui, vous avez remporté cette année le Grand Chelem du Tournoi des Six nations, oui vous venez de battre les Pumas argentins au cours de votre tournée dans l'hémisphère Sud ; mais vous avez pris aussi une belle raclée contre les Springboks la semaine dernière : la question est de rester digne dans la victoire comme dans la défaite et de "se tenir". Restez comme vous êtes. Restez des gentlemen. Soyez fiers de votre force, de vos talents, de votre élégance sur le terrain comme à la ville, continuez à parler clairement et distinctement une langue que tout le monde comprend.

    On me dit souvent : "Dans quelque temps, ça viendra, les internationaux du rugby seront pareils à ceux du foot, ils ne penseront qu'à l'argent, et il y a beaucoup, beaucoup trop d'argent".

    Mais même s'il en était ainsi, même si les sommes en jeu au rugby atteignaient le niveau de celles qui circulent au foot, on n'est pas obligé, parce qu'on devient riche, d'être grossier et je m'en foutiste. On n'est pas obligé, parce qu'on devient riche et que les caméras sont braquées sur vous, d'exalter l'inculture et l'incivilité ; on n'est pas obligé de brandir des doigts d'honneur et de cracher des insultes en jetant l'anathème sur ceux qui se refusent à le faire. On n'est pas obligé d'humilier ceux qui gardent un peu de tenue et de dignité, de les étouffer dans une omerta destinée à protéger un groupe de "potes". On n'est pas obligé, en parlant à tout bout de champ de "respect", de n'entendre par là que "le respect qui m'est dû, à moi et aux miens en tout état de cause, quoi que nous fassions".

    Je sais bien que le rugby ne tient pas la route en l'absence d'un minimum de solidarité, je sais bien que la distribution des postes au rugby rend hommage à tous les gabarits, à toutes les habiletés et fait sentir à chacun que sa force et son talent ont tout à gagner de la force et du talent des autres, je sais bien que le rugby reste relativement protégé par sa complexité même, par le degré de raffinement qu'il exige, pour être compris, de ses supporters.

    Mais le rugby, comme tout le reste, n'est pas une île à l'abri de tout.  Il n'est pas plus protégé qu'autre chose de la culture de l'inculture ; car l'argent, même répandu outrageusement, n'explique pas tout. La culture de l'inculture, la célébration de l'incivilité commencent à l'école, elles commencent quand on punit un professeur pour avoir giflé un élève insolent ou brutal, quand on tolère que la mode soit aux fautes d'orthographe  et que l'ignorance devienne une "manière d'être" qu'il ne faut surtout pas "stigmatiser", quand on tolère que les cancres martyrisent les bons élèves.
    Alors commence le règne des petits caïds.

    Pour la première fois dans ma vie de supportrice, je souhaiterai demain la défaite de ceux qui ne sont pas dignes de porter le maillot national. Oui, je soutiendrai l'Afrique du Sud contre la France des caïds à laquelle je refuse mon assentiment. Du reste, je trouverais plus digne que la France se retire, qu'elle ne joue pas ce match qui sera de toute façon honteux: en cas de défaite, honte d'atteindre vraiment le fond du gouffre ; en cas de victoire, honte de voir triompher la mentalité de caïd.

    Joueurs de rugby, qui vous affrontez rudement, qui vous "chambrez" (et même un peu plus que ça) dans les mêlées, qui essuyez parfois vos crampons sur le dos de l'adversaire, mais qui ne discutez jamais une décision, qui ne rechignez jamais à l'entraînement, qui avez à coeur de vous battre et de gagner ou de perdre dans l'honneur, qui saluez votre public, qui, sur les plateaux tv, ne vous appliquez jamais à cacher que vous êtes intelligents et souvent cultivés, je vous supplie de ne jamais faire en sorte que vos supporters aient honte de vous et d'eux-mêmes. De vous parce que vous seriez les hérauts de l'inculture. D'eux-mêmes parce qu'ils concluraient qu'ils ont, par leur négligence, encouragé et élevé étourdiment un déni de civilisation.

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  • Cognac ou whisky

    Cognac ou whisky il faut choisir.
    Une arrivée à la 63e

    par Mezetulle

    Une très belle virée offerte par mes anciens étudiants nous a menés près de Cognac, dans un hôtel-château sur les bords de la Charente, avec medium_16122007_001_.jpgcognathèque (voir aperçu sur la photo), et tout ce qu'il faut... même en hiver la piscine a de l'allure avec son couvercle gelé ponctué de feuilles mortes. medium_16122007_003_.jpg

    Quand même on ne va pas regarder la télé alors qu'un dîner gastronomique nous attend. Allez, je déserte les écrans du week-end pour un cocktail au Cognac, une barre de foie gras au Pineau, un soufflé au chocolat (flambé évidemment). Deuxième soir, on essaie cette fois le consommé potimarron avec huître chaude, le pigonneau laqué (mmm il n'y aurait pas encore un peu de Pineau là-dedans ?), les mignardises.

    Tout ça pendant que le Stade français prend une raclée à Cardiff... et que Bourgoin s'éloigne aussi dans le brouillard. Il fallait vraiment que ce soit très bon pour se détourner de ces désastres obscurs. Je ne vous raconte pas le circuit du vignoble, le carton précieux imprégné d'effluves savantes chargé précautionneusement dans la voiture, les bords glacés de la Charente et l'inévitable crochet par Royan rien que pour voir l'océan et déguster quelques Marennes... Très classique tout ça, mais le classique... c'est chic.

    Dimanche, on rejoint l'Ariège, via Agen et Toulouse : quel circuit ! traversée de l'Ovalie parfaite vers l'Ovalie plus-que-parfaite. Au passage de Toulouse, il est à peine 16h, et un brouillard à couper au couteau - vont-ils seulement voir les transformations ? On arrive à la maison, et là, les pieds dans les valises, le carton de Cognac délicatement déposé au milieu de la cuisine, vite vite allume la télé, le match Toulouse-Leicester n'est pas fini. Mais non il n'est pas fini. Juste pour la 63e minute : essai de Clerc! ça ne pouvait pas être autrement : à Leicester, ils ont aussi du brouillard, mais ils n'ont pas de cognac.

    Après ce que j'ai goûté, après ce que j'ai vu, après ces sommets de haute culture, il faut de toute nécessité prendre une très bonne résolution à appliquer sans attendre 2008 : j'abandonne le whisky pour le cognac. Allez, un peu d'armagnac sera aussi bienvenu, rien que pour parfaire l'Ovalie.

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  • Soirée rose (clair)

    Soirée rose (clair)

      par Mezetulle

    Pas besoin de concepts tordus pour ce que je viens de voir ce soir : un vrai gagnant !

    Une journée commencée sous la pluie de Bristol saupoudrant les maillots bien ternes du Stade français, plombée par le brouillard irlandais du match Munster-Clermont, se termine en apothéose de feu d'artifice rose clair avec la superbe victoire de Toulouse sur Leinster... 33 à 6.

    Rose comme le maillot. Clerc comme le joueur qui offre, avec un 4e essai, le bonus offensif au Stade toulousain... (je n'ai pas trouvé le bon numéro, mais le nuage me semble adéquat, non ?)

    Comme dans mon magasin j'ai quelques accessoires roses que je n'arrive décidément pas à faire virer au cacadoie, ça me fait une bonne occase pour recycler mes pom pom girls qui commençaient à s'assoupir.

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  • Pas de deux en rose et noir

    Un pas de deux en rose et noir
    Commentaire de la photo de R. Perrocheau

     par Mezetulle

    Ceux qui ont vu l'article que j'ai eu la chance de publier dans Libération le 8 novembre auront remarqué cette magnifique photo en grand format qui le surplombait. Elle a été prise par Romain Perrocheau (agence Icon sport) qui a eu la gentillesse de me l'envoyer et de m'autoriser à la publier sur La Choule (1). Je le remercie infiniment. Vous pouvez la voir aussi dans l'album que je lui consacre : elle vaut bien un album à elle toute seule !

    medium_PhotoRPerrocheau.JPG

    Cette photo est admirable, par son sujet, par sa temporalité, par le mouvement qu'elle arrête et révèle, par ses couleurs, par tout ce qu'elle concentre du rugby. Elle fait le tour de ce que Roland Barthes, dans La Chambre claire, appelle le studium et le punctum. C'est un chef d'oeuvre par lequel mon article n'a pas été illustré (quel vilain mot!), par lequel il a été honoré, défié, exalté, couronné.

    D'abord, son sujet. L'essai de Vincent Clerc à la 7e minute du match Stade toulousain - Stade français Paris à Toulouse le 3 novembre. Essai fulgurant où il aplatit la balle dans l'extrême coin de l'en-but, pendant une petite fraction de seconde. La photo pose la question du temps (que la vidéo vulgairement résout) : va-t-il aplatir avant ? Avant que la balle ne sorte, avant que Jeanjean ne le pousse en touche... Le punctum est dans ce suspens, et la photo serait moins belle si elle montrait l'instant d'après. En écartant l'instant définitif, elle montre le véritable instant, l'instant décisif où les choses sont suspendues, où le seul contact avec le sol est un demi-centimètre de la pointe du pied droit de Clerc - alors que Jeanjean, lui, est carrément en plein vol. Tous deux en atterrissage, mais encore dans l'élément aérien.

    Cet essai en suspens aimante toute la photo et construit le studium en la polarisant tout entière sur le ballon. Les lignes de tous les regards convergent et unissent les deux joueurs, l'arbitre, les spectateurs tétanisés, tous inclinant leurs corps vers cet ultime point qui s'échappe en partie par l'angle inférieur droit de l'image. Hasard ou suprême art du cadrage ? Mais même si c'est un hasard, c'est un art d'avoir retenu cette photo, d'avoir su voir que cette apparente imperfection était une perfection. Imaginons un instant qu'on voie le ballon tout entier... la photo retomberait alors dans l'ordinaire informatif.

    Chacun effectue cette inclinaison du corps à sa manière, selon son rôle et selon sa complexion. Les joueurs la produisent, élégamment, puissamment, totalement. L'arbitre la poursuit, s'essoufflant vers la vision d'une décision qu'il ne pourra pas prendre. Les spectateurs la miment, par une torsion que le rugby engendre même sur le plus avachi des fauteuils. Ici, dressés comme des ressorts projetés hors des "bacs à cul" inconfortables que sont les sièges des stades, on ne distingue même plus les supporters de telle ou telle équipe : Clerc en tire les ficelles au bout de ses doigts. L'ambiance revancharde et lourde qui régnait ce soir-là à Toulouse, perceptible même à la tv, se dissipe, se sublime, unissant les voeux contraires dans un élan rédempteur qui abolit les injures, les bras d'honneur, les sifflets... tout le monde est projeté dans l'éther, au-dessus des "miasmes morbides", dans l'élévation de ce qu'il faut aussi appeler un pas de deux en rose et noir.

    1 - Il va sans dire que cette image n'est pas libre de droits... mais ça va mieux en le disant !

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  • L'Argentine adolescente

    medium_PumasSpringboks_AFP_.jpgL'Argentine adolescente

     

    Le match Argentine-Afrique du Sud du 14 octobre a fait bouger bien des choses. Un titre très judicieux de L'Equipe disait "Les Argentins veulent grandir", faisant allusion à la fois au statut du rugby en Argentine et à la reconnaissance méritée des Pumas parmi les grandes équipes du rugby mondial, à leur intégration dans le tournoi prestigieux des Tri Nations.

    Mais grandir, ce n'est pas seulement être reconnu : c'est aussi perdre à ses propres yeux et aux yeux des autres le charme et la légèreté de l'enfance. Il faut y passer.
    Les Springboks et l'arbitre du match ont sur ce plan parfaitement réussi enfin à sortir les Pumas de leur aura et de leurs minauderies de petits garçons innocents: les voilà maintenant des joueurs ordinaires, des grands joueurs comme les autres.

    Le visage de Pichot est très expressif, il ne peut rien cacher des émotions qui l'envahissent. Il fallait voir sa pâleur lorsque l'arbitre lui a fait comprendre que "ça va bien maintenant, on arrête les gamineries". Ce n'est pas le fait d'avoir perdu qui l'a rendu pâle (car il n'y a aucune honte à perdre contre les Springboks et à ce niveau de la compétition) mais celui d'être déchu de la condition d'ange où ils ont plané pendant toute la CDM. Terminus, tout le monde descend du nuage! Il savent maintenant que le ciel peut s'obscurcir : il sont passés au-dessous des nuages.

    La vraie carrière de l'Argentine commence maintenant, dans la cour des grands, avec le doute, avec la pression qui pèse sur les grandes équipes, qui peut les rendre fébriles, maladroites, lourdaudes, et qui les somme de se surpasser pour gagner. Les voilà sortis de l'Eden (pas l'Eden park !) et précipités sur la terre, où il y a des sommets à gravir avec leurs vallées de larmes. Souhaitons-leur une belle adolescence, avec tous ses éclats et ses inconforts. medium_MontgomeryHabana.jpg

    Quant aux Springboks, pour ma part je les vois au bout, ils ont infiniment plus d'invention que les Anglais, et trois joueurs d'exception: Du Preez, Habana et le souverain Montgomery - un métronome sorti d'un tableau de Botticelli !

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