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Concepts, art, littérature

  • Entre Cyrano de Bergerac et le "livret de compétences" : la mentalité de "valeureux perdant"

    Après les courtes défaites contre l'Australie et la Nouvelle-Zélande, le XV de France trébuche encore de peu (3 points) contre l'Angleterre à l'ouverture des 6 nations 2017. Cette régularité de "valeureux perdant qui méritait mieux" et dont on aligne les statistiques après chaque match (n'ont-ils pas coché toutes les cases du "livret de compétences" ?) demande quelque réflexion : ce qu'il faut réussir, c'est l'épreuve !

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  • Invictus, et Ovalie de Pierre Barouh

    Invictus de Clint Eastwood et Ovalie de Pierre Barouh

    par Mezetulle

    Je viens de rentrer du cinéma... J'ai vu devinez quoi ? Invictus, le film de Clint Eastwood : bien sûr, le moyen de manquer ça ?
    Les images de rugby "plans rapprochés" et "la mêlée comme si vous y étiez" sentent un peu le carton-pâte et l'esbrouffe, avec des bruitages de coups à assommer un Lomu, m'enfin il fallait que ce soit comme ça. Allez, ne boudons pas notre plaisir, c'est très bien fait, même les bons sentiments. C'est très bien fait, et on passe un bon moment.

    Et voilà qu'à mon retour, en regardant mon mél, j'ai un message de Lou.
    Lou me dit que sur son blog Libellus, au sein d'un article qu'il a consacré à Pierre Barouh, il a mis la chanson Ovalie... et qu'il l'a dédiée à Mezetulle "La Choule".

    En l'écoutant, en entendant ces vers :

    Je  rêve  d'un  pays  qui se nomme Ovalie
    Sans frontière au- delà, s'il existe déjà
    Plus vaste qu'un État , c'est un état d' esprit
    Au-delà d'un État, c'est un état d' esprit

    Je trouve, en quelques mots, en quelques notes de musique, ce que le film s'appliquait si laborieusement et si sentencieusement à dire en deux heures. Et bien plus encore. Merci Lou de m'avoir offert cette oeuvre d'art, et juste à ce moment-là !

    Pour l'écouter sur Libellus, avec quelques autres morceaux délectables, c'est ici

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  • L'indicatif et le performatif

    L'indicatif et le performatif

    par Mezetulle

    Après une longue léthargie passée dans la privation, La Choule, fuyant les pluies et la froidure du grand Sud (je ne plaisante pas, 10° dans l'Ariège et ciel plombé), entre dans l'ambiance parisienne estivale (26° à Paris), ferme les persiennes afin d'éviter un terrible soleil plombant et savoure la pénombre... pour se réveiller devant un programme de télé enfin regardable.

    Montauban-Perpignan. C'est presque trop pour une reprise, cette overdose de drops, de retournements, de phases de jeu intenses et vacillantes, de ballons cachés qui progressent là où on ne croit pas qu'ils sont.... J'en ai le vertige, c'est très bon mais c'est fort, ça devrait se goûter à la petite cuillère et voilà que j'en reçois de pleines louches. Et comme si ça ne suffisait pas, je prends aussi une leçon de philosophie du langage.

    Dans les tribunes montalbanaises, nulle inscription provocatrice ne vient rabaisser l'adversaire - mais ça c'est normal dans un stade de rugby. Il y a mieux : nulle inscription glorificatrice ne vient célébrer banalement et bêtement l'équipe au maillot vert, car le raffinement supporter atteint à Montauban un sommet logico-philosophique par une tautologie autoréférentielle qui me laisse un moment perplexe. A la fois comique et impérieuse, une banderole verte medium_Montauban80.jpgprécise savamment : "Ici, c'est Sapiac !", comme si les spectateurs présents et leurs visiteurs ne le savaient pas....

    Mais non, que je suis bête : la banderole ne s'adresse pas à ceux qui sont là, mais à ceux qui, comme moi, sont le nez collé à leur écran de tv, dans l'indistinction de toutes les vertes pelouses, et donc il importe de préciser que ce n'est pas n'importe quel vert. C'est celui du stade Sapiac à Montauban, lieu singulier : vous y êtes, vous pouvez le regarder, nous voir, vous y voir (1).medium_MagrittePipe.jpg

    Plus que devant le célèbre tableau de Magritte "Ceci n'est pas une pipe", on se croirait dans un chapitre de la Poétique d'Aristote expliquant le plaisir qu'on a à identifier les personnages au théâtre : "celui-là, c'est lui !", jubilation de l'enfant découvrant l'ivresse de l'indicatif dans un geste gratuit - "ça, c'est ça".

    On m'avait bien dit que le rugby est un sport parlé. Justement, voilà que j'entends l'arbitre déclarer, désignant ce qui se passe sur le terrain : "c'est un ruck !" Et le commentateur se régale à expliquer pourquoi il dit ça, et ce qui se serait passé s'il ne l'avait pas dit. La déclaration de ruck n'est pas une sanction, ce n'est pas une indication, ce n'est pas non plus une décision : c'est un acte de jeu qui se dit en se faisant et qui se fait en se disant.

    Tandis que les tribunes parlent à l'indicatif, l'arbitre parle au performatif.

    1 - Renseignement pris sur le web, on trouve une explication bien décevante : il existe un blog d'école primaire qui s'intitule "Ici, c'est Sapiac", et ce sont peut-être ces charmants bambins qui ont fabriqué la banderole. N'empêche que l'étrange effet-tautologie de l'indicatif en autoréférence se produit quand même !

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  • Gros comme un éléphant et subtil comme un passé antérieur

    Gros comme un éléphant et subtil comme un passé antérieur

     par Mezetulle

    La Choule est assez bon public et revient du Stade de France avec un sentiment différent de ce qui s'écrit çà et là chez les "connaisseurs", et notamment sur les forums très select et magnifiquement grincheux par principe de Rugbyrama.

    Un "non-match à oublier" une "mascarade", cette rencontre entre le Stade français et le Stade toulousain du 22 mars qui se solde par une défaite remarquable du Stade toulousain 29 à zéro ??? Nullement. Malgré une balle glissante, malgré medium_22032008_014_.jpgune pelouse détrempée et une giboulée glacée qui a accueilli le coup d'envoi, on a vu de belles choses : du mouvement, du jeu, de la variété, des Parisiens remontés, acharnés à conquérir, au-delà de la victoire, le bonus offensif. Une équipe toulousaine nullement diminuée, nullement composée de seconds couteaux comme cela a été répété à l'envi et si dédaigneusement ces jours derniers, et parfaitement au point techniquement, notamment en mêlée et en touche.

    Manque d'envie de la part des rouge et noir tout simplement : cela crevait même les yeux d'un gogo de Parisien qui n'y connaît rien et qui, c'est connu, se fait attraper par les cotillons guazziniens.... cela se voyait aussi gros que l'éléphant rose qui a défilé, avec les medium_22032008_006_.jpgmasques vénitiens sur échasses, avant le match (voir l'album). Je m'en tiens à cette explication "naïve" : après tout c'est celle que Guy Novès avance et c'est la plus vraisemblable.

    Faisant un petit tour sur le magnifique site du Stade toulousain, j'y trouve le plus beau récit du match, qui surpasse de loin tout ce qui se fait ailleurs. Il faut absolument aller lire ça, un exemple parfait de narration. Les Diafoirus de la pédagogie moderne peuvent en prendre leçon, eux qui, pour cesser d'enseigner la langue belle et forte, demandent régulièrement dans leurs rapports "à quoi peut bien servir le passé antérieur" et autres subtilités dont un "gamin d'aujourd'hui" n'a nul besoin, qu'il n'entendra jamais : il serait donc urgent de cesser de les lui apprendre.

    A quoi peut bien servir le passé antérieur? Mais à lire un compte rendu de match sur le site du Stade toulousain, lequel retrace comment "après que Jeanjean eut été rattrapé " (et à la voix passive s'il vous plaît !!), le ballon "sortait" et fut recueilli par Blin qui marqua un essai ! A comprendre comment, de façon assez surprenante, on peut enchaîner ici un passé antérieur (événement ponctuel) avec un imparfait (action plus longue) - ce qui est aussi une intellection du rugby, seul sport où le ballon peut mettre un certain temps à "sortir" !!! A lire, en outre, quelques romanciers, poètes, fabulistes et autres rêveurs qui croient qu'une langue ne se réduit pas à un idiome parlé par des idiots bornés aux utilités immédiates. A savoir déployer les temporalités et les causalités, à ne pas s'effaroucher devant la conjugaison anglaise pas plus ni moins subtile que celle-ci. A dire, à lire et à penser ...

    Mais à quoi bon répondre, puisque la question, ramenée à sa formulation essentielle et abjecte, contient la réponse : à quoi bon embarrasser le bon peuple de telles subtilités?

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  • Carpe diem

    Carpe diem. Heureux ceux qui ont appris à lire dans Horace

     par Mezetulle

     "Cueille donc le jour présent, sans trop te fier au lendemain". Que vient faire ici la célèbre citation de l'Ode à Leuconoé d'Horace ? Mais exactement ce qu'elle fait, tatouée sur les reins de Trevor Hall, le 7 du Biarritz Olympique qui, se faisant passer un petit coup de massage-gel aérosol vendredi dernier lors du match contre Montpellier, a medium_Horace3.jpgcomplaisamment laissé le soigneur remonter son maillot sous la caméra de Canal +, me laissant juste le temps de reprendre mon latin... Carpe diem, oui oui, c'est bien ce que j'ai lu, je n'en croyais pas mes yeux... Et l'équipe du BO l'a bien cueilli, ce jour de victoire, comme une fleur sur la pelouse de Montpellier.

    Je n'y serais pas revenue si, ouvrant ce matin Le Parisien, je n'avais encore rencontré la citation, à peine voilée, dans les déclarations de Morgan Parra le nouveau demi de mêlée du XV de France, et sans l'accompagnement ordinaire du contresens jouisseur qui, encouragé par une lecture hâtive de Ronsard, la déforme trop souvent. Au contraire, la voilà reprise et assaisonnée comme il convient à la belle sauce antique du "kairos" (l'occasion à saisir et qui ne repassera pas):

    Là on me donne ma chance, à moi de la saisir pour l'affirmer. Je prends chaque jour comme un nouveau bonheur.

    Et on a même une variante sur Rugbyrama :

    Moi, je prends les choses comme elles viennent, je profite du plaisir et du bonheur que me procurent ces moments.

    Tout l'esprit du jeu est là, dans cette saveur du présent qui s'offre et qu'il ne faut pas laisser fuir en s'empoisonnant à la coupe du tourment possible à venir. C'est tout ce qu'on lui souhaite: cueillir, avec la toute jeune équipe, ce 23 février contre l'Angleterre sur la pelouse du Stade de France, et si possible nous offrir le bouquet du beau jeu qui pense d'abord à lui-même. Heureux ceux qui ont appris à lire dans Horace. Et qu'on puisse continuer la lecture des poètes avec Corneille :

    Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
    La valeur n'attend pas le nombre des années.

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